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jeudi 5 juin 2014

Six Feet Under (Six pieds sous terre)


Six Feet Under, série dramatique américaine dont la première saison est parue en 2001 et la dernière en 2005, prend place dans la famille Fischer, qui tient depuis toujours (de père en fils) une maison funéraire. L'intrigue commence lorsque, dès les première secondes du premier épisode, le père meurt fauché par un bus. C'est le début d'une fresque familiale et humaine dans laquelle cette famille va devoir se remodeler, entre le fils ainé qui rate sa vie et a coupé les ponts, le fils cadet mal à l'aise avec son homosexualité et qui doit reprendre l'affaire de son père, la benjamine qui traverse une adolescence (par définition) complexe et la femme désormais veuve, qui se retrouve plus que jamais perdue dans un monde qu'elle ressent hostile, paralysée par le vertige des possibles.
Aux côtés de cette famille pas comme les autres se regroupe une constellation de personnages avec leurs propres tracas ; Brenda, qui souffre de l'omniprésence de ses parents tous deux psychologues et qui fut trop intelligente pour son bien lors de sa prime enfance, son frère Billy, bipolaire et incestueux, Rico, l'assistant des frères Fischer, jeune homme ordinaire (enfin... en apparence), et bien d'autres personnages hauts en couleurs.


Au début de chaque nouvel épisode, une personne meurt, et la famille Fischer doit gérer les préparatifs avec les proches. Plus qu'une simple routine professionnelle, c'est à chaque fois un nouveau questionnement, avec des questions soulevées dont on comprend vite qu'elles affecteront l'un ou l'autre des personnages. Un enterrement n'est pas anodin ; chacun peut être amené à se confronter à sa propre mortalité, surtout lorsque le décès a été causé par un simple accident (et vous pouvez me croire quand je vous dit que la série regorge de morts ridicules... de quoi rire jaune à chaque introduction). Surtout lorsque les morts eux-mêmes passent l'épisode à tourmenter de façon imaginaire les principaux protagonistes ! C'est une véritable fresque humaine qui est proposée ici, propre à nous interroger tous autant que nous sommes sur nos propres angoisses, questionnements ou tout simplement notre propre histoire... Pour autant la série n'est pas morbide plus que de raison, après tout on sent bien que la famille a été "baignée" dans cette ambiance depuis longtemps, il s'agit plutôt de tirer des leçons de chaque histoire, pour pouvoir avancer et en comprendre un peu plus sur soi-même.

Sans en dire trop, on peut en tout cas affirmer qu'en terme d'écriture et de psychologie des personnages, Six Feet Under (et ses 5 saisons) est ce qui se fait de mieux en la matière. Les protagonistes verront leur vie chamboulée de A à Z, de façon tout à fait réaliste, entre le deuil, l'amour, la solitude, l'émerveillement, l'addiction, le traumatisme et pourquoi pas, enfin, la sérénité...


La traditionnelle bande annonce (sans sous-titre malheureusement) :


lundi 21 avril 2014

"Tel père, tel fils" de Kore-Eda Hirokazu

Sorti en salles en France le jour de Nöel dernier, le long-métrage Tel père, tel fils du cinéaste japonais Kore-Eda Hirokazu ne fait pas de cadeaux à ses personnages.

 

Dans son film, Kore-Eda brasse de nombreuses problématiques sociales et parentales universelles passées au filtre de la très atypique société japonaise, à la fois moderne et traditionaliste. Le film commence avec l'annonce pour un jeune couple que leur enfant de 6 ans n'est pas leur fils biologique : il a vraisemblablement été échangé à la naissance, et leur "véritable" fils a été localisé dans une autre famille. Un choix va dès lors se poser pour le couple : vont-ils garder leur enfant ou bien aller à la rencontre de leur l'autre famille ?

Bien sûr c'est la dernière option qui est envisagée par le couple (sinon à quoi bon faire un film). Et là c'est la rencontre de deux familles que tout oppose. D'un côté un couple urbain de la haute société, mari extrêmement dévoué à son travail, symbolisant l'homme fort qui a réussi et qui en tire un grand orgueil avec sa femme droite, silencieuse et plutôt soumise à son mari, les deux vivant dans un petit appartement bien placé. De l'autre, habitant dans le convenient store tenu par le mari, une famille plus "à la cool" ; niveau de vie modeste, trois enfants (dont le fils biologique de l'autre famille), lui est étourdi, humble et farceur, elle grande gueule et forte tête.

Avant même d'aborder l'aspect parental/filial c'est un choc des classes auquel nous assistons (malgré l'absence supposée de classes dans un pays qui se considère avant tout comme une nation unie*), qui ressemble de prime abord au stéréotype riche/guindé contre pauvre/relax, mais qui se révèle bien plus complexe et coloré à mesure que les liens et les loyautés se font et se défont...


Impossible d'en dire plus sans gâcher le plaisir de ceux qui n'ont pas vu le film, mais nous pouvons tout de même débroussailler certaines pistes lancées par Tel père, tel fils. Celle que nous soulèverons principalement est celle, universelle, de la parenté : Qu'est-ce qui fait que deux individus appartiennent à la même famille ? Qu'est-ce qui fait qu'un enfant est mon fils ou ma fille ? Qu'est-ce qui fait de moi son père ou sa mère ? La réponse dépend bien évidemment des sensibilités (et de l'éducation) de chacun, le film ne se prive d'ailleurs pas de montrer les différents points de vue, mais la réaction du père "riche" est intéressante. Extrêmement moderne en apparence, il se voit paralysé par l'idée que le fils qu'il a élevé puisse ne pas être de sa chair, et se met à considérer très vite son fils biologique comme son vrai fils, au détriment de l'autre (chez lequel il ne se reconnaissait d'ailleurs pas même avant la terrible révélation). Ses propres conflits intérieurs le pousseront d'ailleurs à retourner à ses propres origines, pour revoir un père avec lequel il est brouillé depuis toujours...

Cela ne peut manquer de nous renvoyer à notre société occidentale, certes différente de celle nippone mais pas moins concernée par ce genre de questions. Car on pourrait évoquer en parallèle, par exemple, ce que la psychologie en générale et la psychanalyse en particulier nous apprennent sur l'importance de l'éducation et l'influence de celle-ci sur le devenir de l'individu, et la découverte progressive du génome que nous apporte la génétique, qui nous apprend comment nous sommes "programmés"... En tout cas, l'hôpital du film certifie aux parents que 100% des couples dans le même cas que les protagonistes choisissent de procéder à l'échange d'enfant plutôt que de garder le leur. Véridique ou pas, ce chiffre fait réfléchir sur la mentalité japonaise à cet égard.

Alors ? Qui est notre fils ? Celui qui contient nos gènes ou celui que nous avons élevé ?
Nous laissons la question en suspens en nous en remettant à vos réactions ! Qu'en pensez-vous ? Le débat est ouvert, et n'hésitez pas à courir voir le film (et si vous ne trouvez pas de salle qui le projettent... il faudra braver Hadopi !)


*Sur ce sujet nos connaissances sont limitées, mais un article intéressant parle de cette organisation sociale atypique : http://www.erudit.org/revue/lsp/2003/v/n49/007909ar.pdf

La bande annonce :



dimanche 1 décembre 2013

Take Shelter : Après-séance

Certains éléments qui vont suivre concernent l'intrigue du film et contiennent donc des SPOILERS. Vous qui entrez en ces terres, vous voilà prévenus !



La projection de TAKE SHELTER a bien eu lieu mercredi (et a pu arriver à son terme malgré certains problèmes techniques astucieusement contournés par la fine équipe du Psynéma). Comme promis, voici le résumé de ce qui est ressorti de la discussion animée entre étudiants et professeurs de tout poil.

Les réactions à chaud du public étaient à peu près unanime : que cette fin est étrange ! Frustrante pour certains, inattendue pour d'autres, elle ne laisse en tous cas pas indifférent. Curtis Laforche, prophète ou malade ?

Cette question nous amena à considérer la question peu évidente de la frontière entre réalité et illusion. Où s'arrête la réalité et où commence l'hallucination pour Curtis, qui voit poindre à l'horizon une catastrophe naturelle dantesque ? Dans ces scènes de cauchemar, le spectateur ne distingue pas immédiatement la frontière. Le montage même du film brouille les pistes en enchainant avec une grande fluidité rêve et veille. Les lieux dans lesquels prennent place ces scènes sont très familiers pour le protagonistes (sa maison et son canapé, dans lequel sa femme et sa fille contemplaient la pluie quelques scènes auparavant ; sa voiture, son jardin...), alimentant l'impression faussée de réalité.

Mais ces rêves sont-ils si hallucinés, en fin de compte ? C'est une question que pose sans cesse le film, sans chercher forcément à confirmer l'une ou l'autre des possibilités. En expliquant avec difficulté, les yeux baissés, à sa femme ce qu'il est en train de vivre, Curtis lui confie : "Ce n'est pas qu'un rêve... c'est une sensation." De fait, chaque nouveau rêve entraine une souffrance différente chez lui ; au bras lorsque son chien le mord, à la jambe lorsque sa femme y plante un couteau. Curtis, lui, est persuadé que ce qu'il voit sont des visions prophétiques, qu'une tempête approche véritablement, que les gens perdront les pédales pour de bon. La réalité de ses visions s'en ressent jusque dans son corps.

Curtis ne cesse de voir différents membres de son entourage intervenir dans ses rêves. La souffrance qu'il en retire l'amène à mettre à distance ces mêmes personnes. Lorsque son chien l'attaque en rêve, Curtis l'enferme dehors et finit par le donner à son frère ; quand son ami et collègue le "poursuit avec une pioche", il se débrouille pour le faire éjecter de son équipe de travail... ce n'est que lorsqu'il (pré)voit sa femme l'attaquer que Curtis ose se remettre en question et fait un effort surhumain pour ne pas fuir celle-ci et garder sa famille soudée.

Car cette famille est en fin de compte tout ce qu'il lui reste (il ne peut même plus compter sur son propre jugement qu'il suspecte altéré par la schizophrénie) : sa vie sociale est peu à peu réduite en miettes. L'altercation avec son ami, son comportement inexplicable et son étrange obsession pour son abri à tornade lui a coûté son travail, sa mutuelle (si importante pour l'opération de sa fille sourde) et ses connaissances (plus personne n'ose lui adresser la parole). La scène du repas en commun illustre ainsi parfaitement cet état de fait : Curtis n'arrive pas à parler d'autre chose que de son abri et ne comprend pas l'hostilité générale à son égard ; lorsqu'il explose finalement devant tout le monde, seules sa femme et sa fille lui viennent en aide.

Nous nous sommes également interrogés sur le rôle très particulier de sa fille. Celle-ci est effectivement présente dans la plupart des rêves de Curtis. Elle demeure à chaque fois comme l'élément à protéger (du vol rase-motte des oiseaux, des fous agressifs, d'une tornade qui fait léviter les objets de la maison, etc.) Elle semble représenter la justification de l'obsession de Curtis pour protéger sa famille. Pour sauver Hannah, assaillie de toute part, il devra l'abriter. Sourde et vulnérable, elle est également la seule qui ne peut témoigner du décalage de Curtis avec la réalité. Lorsque la famille se retrouve enfermée dans l'abri, Curtis et Samantha ne s'accordent pas sur l'état de de la tempête. Lui affirme qu'il peut sentir et entendre le vent rugir et la pluie s'abattre tandis qu'elle lui assure que tout a cessé et qu'il n'y a plus de danger à l'extérieur. Au milieu de cette confrontation, la petite Hannah reste en spectatrice muette à ne pas pouvoir distinguer le vrai du faux ni prendre parti. A ce moment, elle personnalise le spectateur qui lui non plus ne sait pas à quoi s'attendre lorsque Curtis finalement se résigne à ouvrir les portes de l'abri.

Cette scène nous amène à nous pencher sur un autre point important qui fait la particularité du film : cette lutte incessante que mène Curtis contre ce qui semble être une perte de contrôle de son esprit. C'est ce qui donne toute son humanité à Take Shelter ; Curtis est pris dans un terrible combat intérieur au sein duquel s'affrontent sa certitude grandissante (cette "sensation") qu'un cataclysme approche et le doute toujours présent qu'il est peut-être en train de devenir fou (comme sa mère, qui fut diagnostiquée schizophrène alors que Curtis était enfant). Faisant preuve d'autocritique, il prend lui-même des mesures, qu'il cache d'abord à son entourage, en allant se renseigner sur la maladie mentale, en entamant une thérapie chez une psychologue... Tandis que dans le même temps il commence à agir en fonction de ses rêves en enfermant son chien, en achetant une grande quantité de vivres et en entamant la construction de cet abri à tornade qui lui tient tant à coeur. Cette lutte se fait douloureusement humaine lorsque Curtis, dans son abri, persuadé que la tempête fait rage à l'extérieur, tend la clé à Samantha en lui disant "je ne peux pas" mais en faisant confiance à son jugement.

Une autre interprétation a été soulevée quand à cet image de l'abri, à savoir la possibilité que cela représente pour Curtis un moyen de s'échapper d'un quotidien morne dont il ne veut plus. A l'image de la première scène de l'abri, lorsqu'il s'assied à l'intérieur sans penser à rien, enfin en paix. En effet, le début du film semble montrer quelques aspects contraignants à la routine de Curtis ; assister à une messe qui ne l'intéresse pas, aller à des cours de langue des signes, exécuter un travail morne... Cette obsession de construire un abri pour s'y réfugier prendrait alors un sens nouveau.

Nous avons enfin évoqué le rôle du psychologue dans ce film, rare mais néanmoins présent. Curtis se voit contraint d'aller voir un "simple" psychologue, le système américain rendant les psychiatres hors de prix et trop rares pour qu'il se permette de faire des heures de trajets pour aller en consulter un. Nous avons critiqué cette façon américaine de procéder ; en se concentrant énormément sur le "dossier" de Curtis (dans lequel était inscrite la maladie de sa mère). La parole n'est pas immédiatement laissée au patient mais plutôt à quelques faits de son histoire qui sont saisis par le psychologue sans que le souffrant lui-même n'ait pu en faire quelque chose. S'il parvient néanmoins à lier une relation satisfaisante avec sa psy et à mettre des mots sur ce qui le hante depuis ces quelques jours, tout s'effondre lorsque cette psy part sans prévenir en formation en laissant Curtis avec un autre psychologue. Notre héros ne tarde pas à sortir du cabinet pour ne plus y revenir... Voilà qui laisse une image amère de la profession, tout du moins en Amérique !



Un grand merci à ceux qui se sont déplacés et qui on participé à cette discussion. N'hésitez pas à commenter pour nous signaler des oublis pour ajouter des points qui n'auraient pas été soulevé (ou tout simplement pour exprimer votre propre point de vue sur le film !)

samedi 23 novembre 2013

Take Shelter ~ Jeff Nichols (pré-séance)

Mercredi 27 novembre, la FLSH de LaCatho organise une séance de Psynéma, c'est à dire la projection d'un film suivie d'une discussion débat autour des thématiques importantes de ce film. Le film choisi pour ce premier Psynéma de l'année est TAKE SHELTER, du réalisateur américain Jeff Nichols (Mud, Shotgun Stories), sorti fin-2011/début-2012. Peu reconnu par le public mais acclamé par la critique, Take Shelter mérite de passer une fois de plus sous les projecteurs par son approche très humaine de la lutte d'un homme contre la folie, magnifiquement interprété par Michael Shannon (Les Noces Rebelles) et Jessica Chastain (Tree of Life).


 Synopsis : "Curtis La Forche mène une vie paisible avec sa femme et sa fille quand il devient sujet à de violents cauchemars. La menace d'une tornade l'obsède. Des visions apocalyptiques envahissent peu à peu son esprit. Son comportement inexplicable fragilise son couple et provoque l'incompréhension de ses proches. Rien ne peut en effet vaincre la terreur qui l'habite... Doit-il abriter sa famille d'une tempête ou bien de lui-même ?"

Venez nombreux ! 

lundi 28 octobre 2013

Himizu de Sion Sono





Himizu est un film de Sion Sono, adapté du roman éponyme. Après s'être intéressé au couple parental dans Cold Fish et Guilty of Romance, Sono choisit comme thème principal dans ce film la vie d'adolescents, perdus après le tsunami de 2011.

L'un d'eux, Yuichi Sumida, est un jeune homme qui ne souhaites rien d'autre que d'être ordinaire, vœu complexe à réaliser étant donné la misère dans laquelle est plongé le pays tout entier, ainsi que l'éclatement familial duquel il est victime. A deux places de lui au lycée, une adolescente optimiste, Keiko Chazaw, qui n'a d'yeux que pour lui et qui rêve de passer tout son temps avec lui.

Ces personnages vont devoir faire face à l'écroulement d'une société particulièrement bien représenté dès le début du film par un long travelling laissant place à un lieu désolé rempli de débris et de boue sur lequel se joue le requiem de Mozart.
C'est sur ces décombres que l'on va assister à l'absence totale de réaction de la part de la population qui reste figée devant les ruines d'une nation qui place tout espoir de changement dans la jeunesse pourtant en difficulté. En effet, la violence et  le manque de repères dû à une déstructuration de la famille qui ont pris corps dans le malaise de la société constituent l'un des enjeux dramatique pour les personnages principaux.

On peut donc élaborer plusieurs pistes de réflexion :
Il est par exemple possible de se concentrer sur une structure familiale classique où les anciens conseillent et aident les jeunes à se développer, structure qui est largement remise en question par les relations observables entre parents/enfants. De plus, on peut constater la création d'un nouveau modèle constitué par deux êtres rejetés qui vont se retrouver afin de former un ensemble permettant d'affronter les périls de la vie qui les attendent.
Cependant, le film est également riche d'un point de vue plus personnel : La responsabilité portée sur des figures en souffrances qui recherchent tant bien que mal des moyens de suivre les valeurs auxquelles elles sont attachées.


Bande annonce: